Le pelage du mouton : une évolution génétique !

Des scientifiques du centre  Inra Occitanie-Toulouse et de l’Instituto Nacional de Technologia Agropecuaria (Argentine) ont découvert la base génétique expliquant l’évolution du pelage du mouton à l’origine poilu vers une toison laineuse. Ces travaux viennent d’être publiés dans la revue Molecular Biology Evolution.

Distinction entre poilus et laineux chez les agneaux d’un mois de la race romane © Christophe Maitre
Mis à jour le 16/11/2017
Publié le 17/07/2017

En tant que descendants des mouflons sauvages, les moutons domestiques n’ont pas toujours eu une toison laineuse : ils étaient initialement poilus. La différence est que, contrairement à la laine, le poil ne possède pas de canal médullaire, le tube creux se trouvant en son centre. Les attributs actuels du mouton sont le fruit de siècles de sélections et croisements génétiques.

Quel est au juste le phénomène génétique à l’origine de cette évolution majeure ?

Des scientifiques des laboratoires GENétique, PHYsiologie et Systèmes d’Elevage et de l’Instituto de genetica –Instituto Nacional de Technologia Agropecuaria (Argentine) en collaboration avec la plateforme SIGENAE, les domaines expérimentaux de La Fage et de Langlade,  le Centre National de Ressources Génomiques Végétales et l’unité de GET-Plage viennent de publier une étude, pour laquelle, pas moins de 2000 animaux de race romane, croisement entre les romanov (poilus) et les berrichons du Cher (laineux), ont été étudiés. Cette race est d’intérêt puisque grâce à son ascendance, elle montre une grande variété capillaire, ce qui facilite l’analyse des déterminismes génétiques à l’œuvre. Les chercheurs ont ainsi réussi à identifier les quelques gènes clés dans la mutation observée. L’analyse de 84 autres races de moutons (dont les mérinos, connus pour leur laine foisonnante) et quatre espèces de mouflons a ensuite consolidé le résultat obtenu.

  • Cette recherche répond à plusieurs enjeux :
  • Agronomique puisqu’en rendant l’animal plus robuste face aux aléas environnementaux, on améliore l’espèce et par la même occasion le bien-être animal ;
  • Fondamental, en impliquant une connaissance accrue des mécanismes de morphogénèse des poils et des cheveux.

Ce projet a abouti à la mise en évidence d'une mutation et de son mode d'action dans le déterminisme génétique du type de toison à la naissance chez les agneaux de race Romane. Il ouvre plusieurs pistes de recherche pour le futur. Il pourrait ainsi être envisagé d’étudier d’autres caractères agronomiques pour voir dans quelles mesures ils sont adaptés aux conditions environnementales du plateau des Causses. De même une discussion peut être ouverte avec les éleveurs quant aux avantages d’avoir des moutons plus robustes mais sans toison laineuse.

Référence publication :

Demars J, Cano M, Drouilhet L, Plisson-Petit F, Bardou P, Fabre S, Servin B, Sarry J, Woloszyn F, Mulsant P, Foulquier D, Carrière F, Aletru M, Rodde N, Cauet S, Bouchez O, Pirson M, Tosser-Klopp G, Allain D. Genome-Wide Identification of the Mutation Underlying Fleece Variation and Discriminating Ancestral Hairy Species from Modern Woolly Sheep. Mol Biol Evol 34, 1722-1729 (2017).

Domaine de la Fage

Cela fait plus de 50 ans que des recherches sur les brebis sont menées par l’INRA sur le domaine expérimental de La Fage en Aveyron. Situé à 800m d’altitude, ce site permet l’étude des ovins laitiers, notamment des races Lacaune et Romane (sur laquelle a porté l’étude). Pour cette dernière, les observations concernent les caractères d’adaptation, le comportement animal, la survie des agneaux, l’effet de la toison sur la survie ou encore la dynamique des réserves corporelles.

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