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Les activités humaines impactent la mobilité des mammifères

Une étude d’une très grande ampleur, à laquelle a contribué l’unité Comportement et Ecologie de la Faune Sauvage (CEFS) de l’Inra Occitanie-Toulouse, vient de paraître dans la revue Science. D’après elle, les mammifères parcourent en moyenne des distances deux à trois fois plus courtes dans les paysages modifiés par l’Homme. Ce phénomène pourrait avoir de forts impacts sur le fonctionnement des écosystèmes.

Les activités humaines impactent la mobilité des mammifères © Brunot Lourtet, CEFS
Mis à jour le 08/02/2018
Publié le 07/02/2018

Les mammifères se déplacent quotidiennement pour rechercher de la nourriture, rencontrer des congénères ou chercher un abri. Certains grands animaux comme le zèbre parcourent de très longues distances tandis que les mouvements de plus petits comme le lièvre sont davantage limités. Une équipe menée par la biologiste Marlee Tucker a démontré que l’ampleur de ces déplacements est significativement réduite dans les paysages modifiés par l’Homme. Dans ceux-ci, les mammifères parcourent des distances ne représentant que la moitié à un tiers de celles traversées dans les espaces naturels.

La contribution du CEFS à cette étude a complété celles des 115 co-auteurs de différentes origines et institutions. Ce sont au total des informations sur plus de 800 individus représentant 57 espèces de mammifères qui ont été collectées et comparées. Pour ce faire, le portail Movebank qui archive les informations de déplacements provenant de chercheurs du monde entier a été utilisé. Les scientifiques ont équipé les animaux de traceurs GPS enregistrant leur localisation heure par heure sur une durée d’au moins deux mois. Les données furent ensuite corrélées avec l’indice d’empreinte humaine associé à chaque secteur. Cet indice vise à montrer à quel niveau un environnement a été modifié par l’activité humaine concernant ses infrastructures, l’agriculture, etc.

Depuis près de vingt ans, le CEFS s’intéresse -dans les Vallons et Coteaux de Gascogne, agrosystème typique de l’Europe- à l’ajustement comportemental et écologique des chevreuils aux milieux fortement modifiés par l’Homme. Le jeu de données récolté a été intégré à l’étude publiée dans Science : il est exceptionnel tant par sa durée que par le nombre d’individus appréhendés, marqués et suivis par GPS (près de 1000). Un des objectifs principaux du CEFS est en effet l’analyse de l’impact des activités humaines telles que la chasse, les pratiques agricoles (fauche, rotation des cultures, etc.) ou encore les modifications du paysage sur cette espèce, notamment sur ses mouvements.

D’après les résultats de la publication internationale, sur une période de 10 jours, dans des zones où l’empreinte humaine est forte (telle que le paysage agricole des Vallons et Coteaux de Gascogne suivi par le CEFS), les mammifères parcourent une distance moindre par rapport à un paysage plus naturel. L’analyse montre néanmoins que sur de plus petits laps de temps (par ex. une heure), la distance de déplacement ne varie pas. Cela signifie que l’empreinte humaine affecte essentiellement la mobilité de la faune à grande échelle.

Il est possible que les mammifères modifient leur comportement spatial en raison de la présence de l’Homme et d’une nourriture plus abondante dans ces zones. Mais la publication suggère également que les plus grands déplacements de la faune sauvage seraient limités par la fragmentation du paysage et les barrières créées par les infrastructures.

Au final, il est probable que ces changements globaux affectent des processus naturels tels que les « disservices » écosystémiques (ex : transport de pathogènes) mais aussi les services (ex : le déplacement de nutriments, de graines) rendus par la faune à l’Homme.

Référence de la publication
Tucker, M.A. et al. 2018. Moving in the Anthropocene: Global reductions in terrestrial mammalian movements. Science 359: 466-469. DOI: 10.1126/science.aam9712

En savoir plus sur le CEFS

Contacts scientifiques

Mark Hewison
Comportement et Ecologie de la Faune Sauvage (CEFS)
> Site internet

Département associé
Ecologie des Forêts, Prairies et milieux Aquatiques